L’anthrax s’échappe du sol sibérien, faisant un mort

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L’anthrax s’échappe du sol sibérien, faisant un mort

Par figaro iconCécile Thibert – le 03/08/2016
Une hausse des températures a entraîné le réveil de la bactérie mortelle, présente dans le sol congelé depuis 75 ans.

Un tel évènement n’avait pas été signalé depuis 1941: la maladie du charbon, ou anthrax, a causé la mort d’un enfant et a contaminé 21 personnes en Iamalo-Nénétsie, un district autonome du Grand Nord russe, ont rapporté mardi les autorités locales.

Causé par la bactérie Bacillus anthracis, l’anthrax peut se manifester sous trois formes différentes: cutanée, pulmonaire ou intestinale. Le garçon de 12 ans, qui appartenait à une famille d’éleveurs de rennes, est décédé samedi de la forme intestinale, caractérisée par de la fièvre, des douleurs d’estomac, de la diarrhée et des vomissements. Il semble qu’il ait été infecté après avoir consommé de la viande de renne contaminée par la bactérie mortelle. Si l’infection est prise en charge à temps, elle peut être traitée par des antibiotiques. Les deux-tiers des 20 personnes infectées ont contracté la forme cutanée de la maladie, plus facile à traiter, tandis que six malades sont, comme le garçon décédé, touchés par la forme intestinale, la plus grave.

Fortes températures

Selon les autorités, l’épidémie aurait été déclenchée par les changements climatiques. Le mois dernier, la région a en effet connu des températures anormalement hautes, avoisinant les 35 degrés, contre 17 habituellement à la même saison. En conséquence le pergélisol (ou permafros), une couche de terre dont la température est normalement maintenue en dessous de 0°C, a fondu, libérant les bactéries congelées sous forme de spores depuis des dizaines d’années. Les spores sont une phase du cycle de vie des bactéries qui leur permet de survivre plusieurs décennies dans un environnement défavorable, tant dans le sol que la laine ou le poil d’animal infecté.

L’anthrax affecte en priorité les animaux, mais atteint aussi l’homme. Au total, plus de 2300 rennes sont morts, probablement après avoir brouté des végétaux infectés. La transmission de l’homme à l’animal peut se faire de diverses manières: par contact direct avec la peau, par l’inhalation de spores ou par ingestion de viande contaminée insuffisamment cuite. Il n’existe en revanche aucun cas documenté de transmission d’homme à homme. Toutes les personnes infectées sont issues d’une tribu nomade de Iamalo-Nénétsie, une région située à 2000 kilomètres au nord-est de Moscou. Selon le Siberian Times, 90 personnes ont été hospitalisées à titre préventif, dont 54 enfants, afin de passer des examens complémentaires à Salekhard, la capitale du district.

Mise en quarantaine

La région, dont la superficie est supérieure à celle de la France, a été placée en quarantaine. La gouverneure du district Natalya Khlopunova a fait savoir que tous les rennes de cette région ont désormais été vaccinés et que les décès ont cessé. «La grande majorité des nomades issus du territoire touché sont en bonne santé, a-t-elle ajouté. Cependant, les médecins leur ont donné un traitement préventif». Ceux infectés par la forme intestinale ont encore un pronostic vital engagé, selon le quotidien The Siberian Times. Des experts militaires ont été dépêchés sur place afin d’analyser la zone et d’incinérer les cadavres d’animaux. Le principal risque de propager l’épidémie étant lié à la viande infectée, le gouvernement régional a pris la décision d’interdire l’exportation de toute viande, peau ou ramure de renne en début de semaine.

L’anthrax tire son nom du mot grec signifiant charbon, en référence aux escarres noirâtres qui se forment sur la peau des personnes atteintes. La maladie sévit dans la plupart des pays d’Afrique subsahélienne et d’Asie, dans plusieurs pays d’Europe du Sud, dans les Amériques et dans certaines régions d’Australie. En France, des foyers d’anthrax animal sont régulièrement détectés. Entre 1999 et 2009, 74 foyers ont ainsi été enregistrés, principalement chez les bovins. Plus récemment, en 2001, le bacille du charbon a été utilisé aux Etats-Unis lors d’actes de bioterrorisme, faisant cinq morts.

Avec le réchauffement climatique, le permafrost sibérien n’a sans doute pas fini de dévoiler son lot de microbes emprisonnés dans la glace depuis des décennies, voire des milliers d’années. Ainsi, en septembre 2015, une équipe de scientifiques français avait annoncé la découverte d’un virus géant d’un genre totalement inconnu, réactivé après 30 000 ans de sommeil glacée.

source http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/08/03/25261-lanthrax-sechappe-sol-siberien-faisant-mort

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