Eczéma : des causes parfois insoupçonnées

eczema
La dermatite atopique et l’eczéma de contact concernent plus de deux millions de personnes en France.

L’eczéma n’est ni une maladie honteuse ni une maladie contagieuse. C’est une maladie inflammatoire de la peau caractérisée par des rougeurs, d’intenses démangeaisons, l’apparition de petites surélévations rugueuses se transformant en vésicules et qui finissent par suinter, se dessécher, former des croûtes… avant que le scénario ne se répète. C’est aussi une maladie qui invalide fortement le quotidien de 20 à 30 % des enfants (et celui de leurs parents) et peut gâcher la vie de nombreux adultes. Il existe en effet deux grands types d’eczéma: la dermatite atopique (anciennement appelée «eczéma constitutionnel»), qui débute vers l’âge de 3 mois, évolue par poussées durant cinq-six ans puis disparaît avant l’adolescence dans 90 % des cas, et l’eczéma de contact, qui concerne surtout les adultes et s’avère d’autant plus fréquent et gênant qu’il s’inscrit sur un terrain atopique.

Des contacts à effet retard

La particularité de l’eczéma de contact est qu’il se déclenche subitement dans la vie adulte. Alors que depuis des années on porte le même parfum ou la même montre, le moindre contact avec ces éléments déclenche un jour une réaction cutanée. Au fil du temps, le passage à travers la peau de molécules allergisantes (celles du parfum, du chrome de la montre) a en effet stimulé le système immunitaire. «La peau, passée d’un état de tolérance à un état de sensibilisation, n’accepte alors plus l’intrusion de ce qui est désormais reconnu comme un envahisseur», explique le Pr Gérard Lorette, chef du service de dermatologie du CHU de Tours. C’est ainsi que le bouton de jean en nickel et les pièces de monnaie du même métal vont générer un eczéma. Et que la manipulation de produits professionnels – ammoniaque des coiffeuses, ciment des maçons, gants en latex des infirmières – va aboutir au même résultat.

Alors, que faire? Avant tout, empêcher la sensibilisation en évitant, dès la petite enfance, le contact avec les substances notoirement allergisantes: excipients comme la lanoline ; conservateurs comme les parabens ; parfums synthétiques ; plantes comme les primevères ; métaux non précieux comme le nickel, le chrome… En s’efforçant de manger et de cuisiner sain aussi car le nickel des boîtes de conserve ou l’inox des casseroles se retrouvant dans la sueur peuvent sensibiliser à ces allergènes. «Empêcher la sensibilisation consiste à utiliser le moins possible de substances variées afin de limiter les risques de rencontrer un jour son allergène», martèle le Pr Lorette. Car une fois que la sensibilisation est là, seule l’éviction de l’allergène peut contrer l’eczéma. D’où la nécessité de certaines reconversions professionnelles. Souvent le coupable est facile à identifier mais, parfois, sa traque nécessite une véritable enquête de la part du dermatologue, voire une batterie de tests cutanés.

Quand la génétique s’en mêle

Si tous les adultes sont susceptibles de déclencher un eczéma de contact, le risque est majoré chez ceux ayant développé dans l’enfance une dermatite atopique. Dans plus de 70 % des cas, quand un bébé «fait de l’eczéma», on retrouve chez ses parents une maladie atopique: dermatite, asthme, rhume des foins et/ou conjonctivite saisonnière… dont l’enfant hérite en partie ou en totalité.

Ancrée sur un terrain familial caractérisé par une surproduction d’anticorps spécifiques (IgE), la dermatite atopique résulte aussi de la transmission d’anomalies de la structure même de l’épiderme. A une carence lipidique favorisant l’évaporation de l’eau et rendant la peau sèche, intolérante à la laine, squameuse en hiver, s’ajoute un défaut de la barrière cutanée due à une mutation du gène de la filaggrine, molécule qui normalement assure l’imperméabilité de la couche cornée. Aussi perméable qu’un buvard, la peau de l’atopique laisse alors tout passer, y compris les gros allergènes environnementaux que sont les acariens et les poussières, qui pénètrent alors plus profondément dans l’épiderme et stimulent un système de défense immunitaire déjà hyperréactif. «C’est en ayant ce potentiel à se sensibiliser à tous les allergènes de l’environnement que les atopiques développent le même potentiel face aux allergènes de contact», précise le Pr Lorette.

Et si la prévalence de l’eczéma a triplé en trente ans dans les pays industrialisés, c’est aussi en raison de l’influence de facteurs psychosociaux. L’excès d’hygiène corporelle d’abord. D’un point de vue purement médical, on pourrait limiter les douches à une ou deux fois par semaine. «Plus on décape sa peau, plus on assèche son film hydrolipidique, on altère d’autant plus sa fonction barrière et plus on facilite par conséquent la pénétration des allergènes», insiste le Pr Lorette. On comprend mieux que l’utilisation de savons parfumés gorgés de molécules et/ou conservateurs allergisants ne fasse alors qu’aggraver le problème…

Même punition lorsque le stress s’en mêle. Non seulement parce que la peau, vaste organe issu de la même souche embryonnaire que le système nerveux, est de fait étroitement connectée avec ce dernier, mais aussi pour des raisons immunologiques. «Sans être à l’origine de l’eczéma atopique ou de contact, le stress joue assurément un rôle de déclencheur ou d’amplificateur, en modifiant notablement le système immunitaire de la peau», reconnaît le Pr Lorette. Soit en activant sa réponse à l’envahisseur (en cas de stress ponctuel), soit en l’affaiblissant (en cas de stress chronique), rendant alors la peau encore plus susceptible aux agents allergisants, ainsi que l’avancent certaines études. Si le mécanisme des réponses immunitaires au stress reste encore hypothétique, il est certain en revanche qu’une poussée d’eczéma engendre un stress et que le stress favorise l’eczéma.

Alors, oui, il faut essayer de vivre le plus sereinement possible. Ce qui signifie pour les parents d’enfants atopiques de ne pas culpabiliser inutilement pour n’avoir pas retiré la moquette ni investi dans des housses antiacariens et transmettre par ricochet ce stress à l’enfant. Le système immunitaire a déjà fort à faire de son côté pour savoir quel élément combattre et quel autre accepter, inutile de lui compliquer davantage la tâche en se fustigeant sans raison.

 

 

 

source

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/08/12/25296-eczema-causes-parfois-insoupconnees

 

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