Dans la tête d’un schizophrène

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Avec le simulateur oculus développé par des psychiatres, on peut désormais «ressentir les symptômes» de la schizophrénie.

Qui parmi nous sait ce que ressent une personne atteinte de schizophrénie en période de crise? Cette maladie psychiatrique, qui concerne 600.000 Français, est encore largement méconnue du grand public. Les professionnels de santé eux-mêmes pourraient gagner à mieux appréhender le ressenti de ces patients. C’est l’objectif du simulateur virtuel mis au point par le Dr David Travers, psychiatre au CHU de Rennes, à l’initiative du laboratoire pharmaceutique Janssen.

Destiné aux psychiatres, ce dispositif innovant disponible sur un casque oculus a été présenté aux médias la semaine dernière. L’occasion pour Le Figaro de le tester, en amont de la journée mondiale de sensibilisation aux maladies mentales ce lundi.

Hallucinations auditives et visuelles

En enfilant le casque, l’utilisateur est plongé dans la peau d’une personne atteinte de schizophrénie dans trois situations de la vie quotidienne (devant la télévision, dans un bus et à la vidéothèque). En apparence anodines, ces situations ne tardent pas à être compliquées par les symptômes du trouble: hallucinations auditives et visuelles, sentiment de persécution et de stigmatisation. Les images et les sons envoyés à l’utilisateur lui montrent ainsi un présentateur télé s’interrompant au milieu d’un programme pour le rabaisser. Dans le bus, une voix intérieure lui répète qu’il «ne vaut rien» et insinue que les autres passagers le dévisagent parce qu’il est «nul», ou mal habillé. Difficile de distinguer le réel de l’imaginaire: or c’est bien cela qui caractérise la maladie.

En enfilant le casque oculus, l'utilisateur est plongé dans trois situations de la vie quotidienne perçues avec les yeux d'un schizophrène. Ici, un déplacement en bus.
En enfilant le casque oculus, l’utilisateur est plongé dans trois situations de la vie quotidienne perçues avec les yeux d’un schizophrène. Ici, un déplacement en bus.

Ce dispositif, non commercialisé, est actuellement présenté à des psychiatres lors de conférences médicales et congrès. Le laboratoire Janssen, qui a mis au point plusieurs antipsychotiques (halopéridol et risperdal entre autres) depuis le milieu du siècle dernier afin de lutter contre ce trouble, envisage de mettre cette technologie à leur disposition afin de les aider «à mieux comprendre le patient».

Un trouble encore trop méconnu

Si beaucoup de gens connaissent le mot «schizophrénie», l’image qu’ils en ont est très souvent incorrecte. Associé à tort avec un dédoublement de la personnalité, il s’agit en fait d’un trouble mental lié à un dysfonctionnement cérébral plus complexe qui touche une personne sur 100. Une schizophrénie se caractérise par un certain nombre de symptômes: hallucinations, idées délirantes, discours et comportement désorganisés ainsi qu’une baisse de l’expressivité émotive et de la volonté. Ces symptômes apparaissent insidieusement et s’installent petit à petit dans le quotidien du malade. La plupart des cas se déclarent chez des adolescents ou de jeunes adultes entre 15 et 25 ans.

«Ce simulateur pourrait aider à comprendre la maladie et à la déstigmatiser», estime Yann Hodé, psychiatre dans le centre hospitalier du Jura Bernois. «On prétend souvent que le schizophrène est quelqu’un qui manipule, mais c’est faux», poursuit-il. «L’ignorance alimente les préjugés et une conduite d’évitement. Tout ça est lié à la fausse idée que le schizophrène est quelqu’un de violent», rappelle Véronique Antoine, vice-présidente de l’association PromesseS qui réunit des proches de personnes touchées. «Il faut savoir que cette maladie évolue bien et se soigne. En traitant les gens qui en souffrent plus précocement, on aboutira à de meilleurs résultats et au changement de l’image du trouble», précise Yann Hodé.

 

source

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/10/10/25500-dans-tete-dun-schizophrene-grace-realite-virtuelle

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