En sciences, l’échec vaut de l’or – Trop de recherches inabouties sont passées sous silence.

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N’oublions pas les recherches abouties mais non prises en compte car les résultats ne sont pas considérés rentables financièrement même si les résultats médicaux sont considérés très positifs.

L’Industrie médicale jongle toujours entre bénéfice financier et santé…. ce qui n’est pas compatible quand on recherche avant tout une solution pour une recherche médicale.

 

 

Trop de recherches inabouties sont passées sous silence. Une perte de connaissances regrettable, voire risquée pour les volontaires d‘essais cliniques ultérieurs. Des chercheurs veulent valoriser les «résultats négatifs» de la science.

La moitié des molécules testées lors d’essais cliniques ne sont jamais mises sur le marché, et 60 % de ces échecs ne donnent jamais lieu à publication. Une perte d’informations regrettable, voire risquée pour les volontaires de futurs essais. Des chercheurs en viennent à créer des revues pour valoriser les «résultats négatifs» de la science.

Prompts à communiquer à chaque étape du développement d’un nouveau produit, les laboratoires sont souvent plus avares de mots sur leurs ratés. Logique? Peut-être. Mais la recherche scientifique et le développement de médicaments ne sont pas des business tout à fait comme les autres: l’échec devrait y être une force motrice, l’ignorance une vertu supérieure…

«On tire souvent plus de leçons d’une erreur que d’un résultat d’expérience concluant, et l’échec est la source des plus grandes découvertes !»

Stuart Firestein, enseignant en neurosciences et directeur du département de biologie à l’université Columbia (New York)

Enseignant en neurosciences et directeur du département de biologie à l’université Columbia (New York), Stuart Firestein n’aime rien tant que l’ignorance et l’échec. La science est «une machine à produire de l’ignorance», écrivait-il en 2012 dans un formidable ouvrage consacré au sujet, tiré d’un cours dédié à ce que la science ignore (ouvrage traduit en 2014 sous le titre Les Continents de l’ignorance, chez Odile Jacob). Le second volet (non encore traduit) de sa réflexion est… une ode à l’échec.

«Ce que nous savons est déjà dans l’encyclopédie, disponible à n’importe qui veut faire l’effort de l’apprendre. La science, elle, s’intéresse à ce que nous ne savons pas. Or, qu’est-ce qui pousse la science en avant? L’échec, car il nous permet de sonder les profondeurs de notre ignorance.» Dans un laboratoire de recherche, une expérience qui rate, c’est une hypothèse invalidée. Donc une réponse à la question que se posait l’expérimentateur. D’aucuns préfèrent d’ailleurs nommer cela un «résultat négatif». Simple ruse de vocabulaire? «Seuls les scientifiques comprennent la valeur de l’échec. Elle n’est jamais enseignée à l’école, ce qui donne à la plupart des gens une image déformée de la science. Mais on tire souvent plus de leçons d’une erreur que d’un résultat d’expérience concluant, et l’échec est la source des plus grandes découvertes!», assène Stuart Firestein.

«Une information précieuse»

Encore faut-il savoir que l’échec a eu lieu! Or, en matière de recherche médicale, les résultats des essais thérapeutiques négatifs ne sont que trop peu publiés, confirme une étude publiée par des chercheurs de l’université d’Harvard (États-Unis) dans la revue Jama Internal Medicine . Les auteurs ont passé en revue les résultats de 640 essais cliniques de phase 3 (la dernière menée sur l’homme avant qu’une autorisation de commercialisation puisse être demandée), organisés pour tester de nouvelles thérapeutiques entre 1998 et 2008. Plus de la moitié d’entre eux (344, soit 54 %) n’ont pas donné lieu à commercialisation de la molécule testée, principalement à cause d’un manque d’efficacité (pour 57 % des thérapeutiques qui n’ont pas été mises sur le marché), de problèmes de sécurité, en particulier des effets secondaires graves (17 %), ou pour raisons commerciales (22 %). Or seuls 40 % de ces 344 échecs (soit 138) ont fait l’objet d’une publication relue par les pairs dans une revue spécialisée. Une perte d’information dommageable, regrettent les auteurs: «Même lorsque l’agent testé ne démontre pas son efficacité ou sa sécurité, les essais menés génèrent une information précieuse.»

«Les chercheurs ont le devoir de mettre à la disposition du public les résultats de leurs recherches impliquant des êtres humains (…), aussi bien négatifs et non concluants que positifs»

Article 39 de la déclaration d’Helsinki

Les essais de phase 3 exigent «un investissement substantiel des participants, des investigateurs et des sponsors», écrivent-ils. Dans le British Medical Journal en 2013, une équipe de l’Université de la Rowan University (New Jersey), avait ainsi calculé que, parmi 585  essais cliniques enregistrés aux États-Unis et achevés avant 2009, les 171 n’ayant jamais donné lieu à une publication en règle avaient impliqué… 299.763 patients! Autant de cobayes «exposés aux risques qu’impliquent les essais, sans le bénéfice sociétal qui accompagne la dissémination des résultats», s’indignaient alors les auteurs.

Adoptée en 1964 et régulièrement révisée par l’Association médicale mondiale, la déclaration d’Helsinki fait pourtant un impératif moral de la publication des résultats, quels qu’ils soient, des recherches menées sur des êtres humains: «Les chercheurs, auteurs, promoteurs, rédacteurs et éditeurs ont tous des obligations éthiques concernant la publication et la dissémination des résultats de la recherche, stipule ainsi son article 39. Les chercheurs ont le devoir de mettre à la disposition du public les résultats de leurs recherches impliquant des êtres humains (…), aussi bien négatifs et non concluants que positifs.» Dans une déclaration d’avril 2014, l’Organisation mondiale de la santé demande même que ces résultats soient publiés dans des revues scientifiques, dans les deux ans suivant la fin de collecte des données.

Mouvement pro-résultats négatifs

«Publier les résultats négatifs, c’est permettre aux chercheurs de travailler avec les deux yeux ouverts»

Rémi Thomasson, chercheur en biologie à l’université Paris-Descartes

Outre l’éthique, l’argent aussi plaide pour la publication des échecs, y compris ceux des recherches menées in vitro ou sur l’animal. «En biologie, une année de travaux coûte en moyenne 60.000 euros (…). Ce n’est pas négligeable, et cela mérite de ne pas dupliquer la même expérience pour rien», écrivent dans The Conversation deux jeunes chercheurs en biologie, Rémi Thomasson (Université Paris-Descartes) et Antoine Muchir (Université Pierre-et-Marie-Curie). Pour mettre fin au gâchis, ils viennent de créer Negative Results, une revue en ligne «exclusivement dédiée» aux travaux de recherche de biologie du vivant ayant abouti à des résultats négatifs. «Lorsque nous élaborons une hypothèse, on le fait à partir des données déjà existantes, explique Rémi Thomasson. Mais il nous manque une grosse part des résultats, et l’on risque de tester des hypothèses déjà invalidées par d’autres. Les cartes routières indiquent bien les culs-de-sac, on n’oblige pas les conducteurs à tous les tester pour s’apercevoir qu’ils ne débouchent sur rien! Publier les résultats négatifs, c’est permettre aux chercheurs de travailler avec les deux yeux ouverts.»

«Les essais cliniques génèrent de très nombreuses données, qui sont jetées lorsqu’elles ne concernent pas directement le médicament testé, renchérit Stuart Firestein. C’est du gâchis.» Car les résultats obtenus peuvent être riches d’enseignements pour les équipes concurrentes travaillant sur une molécule proche voire identique, parfois déjà disponible sur le marché.

Mouvement pro-résultats négatifs

Un médicament inefficace dans un domaine ou dangereux chez certains patients, peut par exemple être exploité «dans de nouvelles indications», écrivent les auteurs de la publication du Jama Internal Medicine. Ils citent ainsi l’exemple de la thalidomide: utilisé à partir des années 1950 pour le traitement des nausées des femmes enceintes, ce médicament fut retiré du marché à cause de gravissimes effets tératogènes… avant de connaître une nouvelle vie contre la lèpre ou le myélome multiple. Il peut aussi en aller de la sécurité des volontaires participant aux essais cliniques. Imaginez un laboratoire développant une molécule prometteuse: lors des essais cliniques, les volontaires présentent des effets indésirables tellement importants que le laboratoire renonce à développer le médicament testé ; mais sans publication, qui garantira qu’une équipe travaillant sur la même maladie ne découvrira pas la même molécule, et ne cherchera pas à la tester chez l’homme, faute de savoir qu’elle est mal supportée?

«Tout publier permet d’avoir une vision globale de ce qui existe sur une molécule»

Rémi Thomasson, chercheur en biologie à l’université Paris-Descartes

«Tout publier permet d’avoir une vision globale de ce qui existe sur une molécule, estime Rémi Thomasson. Antoine Muchir raconte une expérience précédente dans un laboratoire privé, d’une molécule qui n’avait aucun effet sur l’une des maladies visée. Le laboratoire a évidemment préféré taire ce résultat, et commercialise aujourd’hui un médicament qui ne sert à rien. Des anecdotes croustillantes comme celle-là, on en a plein!» D’autres murmurent que si le laboratoire Bial avait publié les résultats des essais menés chez l’animal avec la molécule BIA 10-2474, qui a tué un volontaire à Rennes en janvier dernier lors d’un essai de phase I, le drame aurait peut-être pu être évité.

Le mouvement pro-résultats négatifs est «en plein essor», se réjouit Stuart Firestein. AllTrials, une initiative conjointe menée par le chercheur britannique Ben Goldacre et plusieurs revues ou organismes scientifiques, a ainsi lancé un appel pour que «tous les essais cliniques passés et présents soient enregistrés, leurs protocoles et résumés des résultats publiés». Faute de quoi des informations sont «perdues à jamais (…), conduisant à des mauvaises décisions de traitement, des occasions manquées pour un bon remède, et les essais sont réitérés», proteste une pétition en ligne déjà signée par près de 90.000 personnes. Les autorités sanitaires progressent vers la transparence: aux États-Unis, un registre public recense depuis 2007 tous les essais cliniques autorisés, et une loi fédérale oblige à rapporter tous les résultats des essais menés sur le territoire américain ; l’Agence européenne du médicament a entrepris en octobre de publier l’ensemble des résultats livrés par les laboratoires dans leurs demandes d’autorisation de commercialisation.

«Trials tracker»

Mais les promoteurs des essais ne jouent pas tous le jeu. Depuis fin octobre, un «trials tracker» mis au point par les créateurs d’AllTrials recense les essais cliniques enregistrés aux États-Unis et dont les résultats ont été publiés au moins partiellement. Et le décompte laisse pantois: sur 25.927 études achevées entre janvier 2006 et 2014, plus de 11.700, 45 % du total, n’ont jamais fait l’objet d’une publication! L’industrie pharmaceutique est loin d’être le plus mauvais élève. Ainsi, GlaxoSmithKline, plus gros «contributeur» avec 809 essais enregistrés, n’affiche «que» 22,6 % de résultats non publiés ; Shire en compte 0 % pour 96  essais enregistrés. Les institutions publiques, elles, sont loin d’être exemplaires: le National Cancer Institute américain, troisième plus gros promoteur avec 558 essais cliniques enregistrés, affiche un piètre score de 34,8 % de résultats manquants…

Les grandes revues scientifiques «commencent à prendre conscience de l’intérêt des résultats négatifs», estime Rémi Thomasson. Notamment parce qu’elles se rendent compte que dans la course à la publication qui conditionne l’obtention de subventions de recherche, «de plus en plus de chercheurs s’orientent vers la triche, et modifient un peu leurs résultats pour qu’ils ne soient pas négatifs».

source

http://sante.lefigaro.fr/article/en-sciences-l-echec-vaut-de-l-or

 

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